Des hauts et des bas

Des fois, j’avoue, j’en ai ma claque. Quand les enfants sont fatiguées et fatigantes. Quand le temps est tout pourri et qu’on croit vivre sous un couvercle de marmite sale. Quand la journée au bureau s’est mal passée (je ne donnerai pas de détails sur mon boulot, je fais un métier « de passion », ça veut dire que je suis mal payée). Quand le trou dans mon compte bancaire est vertigineux et que j’en vois pas le bout des mois dans le rouge. Quand le chat fait toujours les mêmes conneries mais qu’est-ce que je peux faire, c’est qu’un con de chat qui recommencera encore et encore. Quand le beau gosse au sport m’a même pas regardée. Quand j’ai pas l’énergie de tout mener de front, paperasse, logistique, maison, budget, course quotidienne, conflit avec mon ex, procédure de divorce.

Des fois oui, je me dis que je vais pas y arriver. Que cette vie est trop bête à force de courir, de s’énerver, de passer à côté de tout. Que ça n’a pas de sens.

Mais en fait, je sais que ça passe.

Toujours. Ca finit par passer.

Parce qu’en fait, souvent, y a plein de trucs super dans ma vie : deux gosses géniaux, une super famille, une poignée de vrais amis plus précieux qu’un compte qui serait jamais dans le rouge, des projets qui pulsent au travail, des belles rencontres et beaucoup de fous rires.

Et aussi parce que j’ai vécu bancale pendant des années avant de me retrouver et que ça, ça n’a pas de prix. Que malgré tout j’aime ça me retrouver le soir avec mes deux fauves à driver. Que le quotidien avec elles est une source de créativité sans fin (parce que mes gosses changent plus vite que je n’ai le temps de trouver des solutions aux problèmes qu’elles me posent) et que je risque pas de m’encroûter. Que je savoure aussi les jours où elles sont chez leur père parce que je peux glander, sortir, être efficace ou buller, vivre sans rien planifier, passer la soirée devant l’ordi en mangeant un morceau de fromage et des gâteaux apéro, aller courir à l’heure du déjeuner et déjeuner à l’heure de la sieste. Et que du coup je suis encore plus heureuse quand je les retrouve, mes deux pipelettes à la caboche bien dure.

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Les enfants du divorce

Les enfants, d’abord, ils comprennent pas que c’est pour de vrai qu’on divorce. Ou alors ils comprennent puis ils oublient. Donc à chaque fois qu’on leur dit, ils fondent en larmes comme si ils venaient de découvrir la situation.

Ensuite, ils croient que c’est de leur faute. Genre ils ont fait une grosse connerie et paf, ça fait divorcer leurs parents.

Ma fille cadette, aussi, elle s’est mis dans la tête que si j’avais arrêté d’aimer son père, il se pouvait qu’un jour j’arrête de l’aimer elle aussi. Grosse angoisse. Retour des monstres et compagnie.

Et puis, les enfants, ils veulent pas que leurs parents divorcent. Alors ils passent leur temps à poser des questions embarrassantes. Maman, pourquoi t’as quitté papa ? (Mon cœur, parce que c’est un fucking [bip] et que j’ai décidé que j’avais le droit d’avoir une vie épanouie au lieu de me dessécher dans le désamour et la frustration comme une peau de morue salée.) Mais il faut pas dire ça sinon les enfants se rendraient compte que leur père est un putain de [bip] et ils seraient terriblement déçus. Et franchement j’aurais l’air de quoi, depuis des années que j’essaie de leur faire croire qu’il est un type génial.

Donc faut dire quoi ? Ben je sais pas trop. J’ai fait au mieux avec mon état du moment (envies de meurtre) sachant que j’ai reçu une excellente éducation qui m’aide à rester calme et polie en toute circonstance. Quasi.

J’ai connu aussi la période où, quotidiennement, au moins un enfant jouait l’entremetteur pour qu’on se réconcilie son père et moi et faisait monter la culpabilité à la dose maximale à propos de sa vie d’avant qui était tellement bien et qu’on avait tout perdu à cause de moi (ex-mari, sort de ce corps !). (Moralité : pour divorcer, faut être bien sûr de toi. Si tu as la moindre hésitation, tes gosses te feront rentrer dans le rang vite fait. Et je ne compte pas toutes les emmerdes collatérales qui te font penser que le RER B, c’est du pipi de chat.)

Maintenant que tout ça semble acquis, le divorce a l’avantage d’expliquer à peu près tous les mystères. Quand ma fille se met à écrire ses chiffres à l’envers à l’école, c’est parce qu’elle est perturbée, tu sais, à cause du divorce.

Elle trouve aussi que c’était mieux avant parce qu’on était trop occupés à se crier dessus, son père et moi, ce qui fait qu’on lui criait moins dessus, à elle.

On croit toujours que c’était mieux avant, non ? (Sauf moi.)

La psy a dit… (2)

La psy de ma fille aînée m’a dit récemment : elle va très bien, je pense qu’on se verra encore deux ou trois fois et puis ça ne sera pas nécessaire de continuer.

Mais… OUF !!!

Bien sûr ma première pensée est pour le bien-être de ma fille, je me réjouis, elle va bien, on a frôlé le tsunami, l’enfant du divorce, psychanalysé à vie, sous Prozac à 17 ans.

Ma deuxième pensée est pour mon portefeuille.

La troisième, c’est : ok, elle va bien, très bien, très bien, mais pourquoi elle est si chiante en ce moment ?

Du coup je demande à la psy, puisque je l’ai sous la main : ok, elle va bien, mais pourquoi elle est si chiante en ce moment ? C’est là qu’elle m’explique qu’avant, ma fille se mettait en retrait pour ne pas me déranger dans mon tsunami personnel (il est vrai que les dix-huit derniers mois n’ont pas été un long fleuve tranquille) et que le fait qu’elle reprenne sa place d’enfant (= être chiante) était très bon signe, ça signifiait qu’elle vivait sa vie normalement.

Moi qui m’inquiétais pour la plus jeune qui est ULTRA chiante depuis trois semaines, je devrais pas m’en faire. Elle va très très très bien en fait.

Aide-toi, la CAF t’aidera

Dans ma grande naïveté, j’ai cru que lorsque je quitterai le père de mes enfants, j’aurais plein d’aides. Par exemple de la CAF. Par exemple une allocation supplémentaire ou une révision de mon allocation de base parce que tout d’un coup je me retrouvais avec un seul salaire au lieu de deux mais toujours deux enfants à nourrir, vêtir, occuper, transporter, égayer, etc.

Et ben macache.

Je gagne trop (ah ah ah !).

Certes, je suis consciente que certaines personnes gagnent moins d’argent que moi et j’espère, mais je suis d’une naïveté crasse, que ces personnes-là, mères ou pères, touchent une aide pour leurs enfants. C’est loin d’être gagné.

J’ai cru plein d’autres choses et d’ailleurs, comme je n’avais pas une très grande expérience dans le divorce, je suis souvent tombée de haut.

Bref, si on fait le bilan économique de l’opération « j’ai quitté mon mari et j’ai la garde des enfants » :

– salaire : 1 seul (petit)

– enfants : 2

– aide de la CAF : 0

– pension alimentaire : oui, mais pas tout de suite*

impôts : réduits, mais pas tout de suite**

– quotient familial : divisé par 2 (là on est dans une sorte de logique)***

– dépenses mensuelles de bouffe : divisées par 2 (le père des enfants mangeait beaucoup)

– dépenses mensuelles d’électricité, gaz, eau : quasi identiques

– loyer : démesuré (aide au logement : 0)****

* Pour toucher une pension alimentaire, il faut être passé devant un juge aux affaires familiales, qui décide qui a la garde, qui paie quoi, combien, qui habite où, etc. Avant, on touche rien, sauf si on a un ex-conjoint très sympa. Hélas je crois que c’est pas souvent le cas, ou alors les gens sympa perdent leur sympatitude au moment de la séparation, ce qui peut se comprendre aussi. Après on touche la pension en théorie. Par exemple moi je l’ai pas touchée pendant 5 mois parce que le père des enfants trouvait que c’était trop abusé, il voyait pas comment il allait faire pour payer cette somme démesurée chaque mois. Je précise que c’était la somme qu’il avait lui-même proposée devant le juge. Finalement il s’avère qu’il peut (ce qui lui permet de dire aux enfants que « maman prend tout l’argent de papa »). Un petit rappel de la part des avocats a suffit mais quand c’est pas le cas, c’est coton. C’est là (et je crois dans cet unique cas) que la CAF peut verser une petite aide.

** Apparemment les impôts tiennent compte de la séparation « officielle », soit la date de la première audience devant le juge. Pas besoin donc d’attendre le vrai divorce. C’est heureux quand on sait que ça peut durer 6 ans, voire plus. Et que certains sont même pas mariés (et vivaient dans le péché, les sales). Ca vaut pour les impôts sur le revenu mais aussi, il me semble, pour les impôts locaux (taxe d’habitation, impôts fonciers si on est propriétaire). Hélas, pour nous, l’audience devant le juge, initialement prévue en novembre, a été reportée au tout début du mois de janvier. Passe ton tour pour cette année.

*** Alors ça, c’était la bonne surprise. À peine sortie du tribunal (j’exagère très légèrement, mon niveau de peps à cette période n’était pas si haut), je filai à la mairie avec le papier ad hoc pour demander un recalcul de mon quotient familial. Effet immédiat, quotient divisé par deux pour les factures de cantoche, périscolaire et études.

**** Malgré de nombreuses et répétées simulations sur le site de la CAF au cas où un vilain bug m’aurait trompée, je n’ai jamais droit à l’aide au logement. Je gagne trop (ah ah ah). Conséquemment, le remboursement du prêt immobilier contracté à deux, je le rembourse seule (= je me saigne chaque mois puisque cela représente plus des 3/5e de mes revenus). Autant dire que ça pourra pas durer très longtemps.

Une autre fois, je raconterai toutes les bonnes surprises que réserve le divorce quand on n’y connait rien.