L’amoureux (2)

Il y a quelques temps, donc, j’ai eu un amoureux.

Au début, tout baignait. J’ai craint un instant qu’il ait une femme, mais en fait pas du tout : il partageait son logement avec la mère de sa fille. Ensuite il m’a annoncé : on cherche une solution, avec ma coloc, pour qu’elle parte vivre ailleurs.

Je me suis dit, c’est bien, laissons-le gérer ça tranquillement, ça peut pas se faire du jour au lendemain. Juste c’est pas très pratique parce qu’on peut pas aller baiser discuter chez lui. Mais comme j’ai un chez-moi, l’un dans l’autre, c’est supportable, on a de longues discussions et personne ne trouve rien à y redire (à quelques détails près).

Sauf que.

Sauf qu’en fait, sa coloc était pas au courant qu’entre elle et lui, c’était fini. Elle savait pas qu’ils étaient séparés. En même temps faut la comprendre, ils vivaient ensemble, c’était pas évident. Souvent quand on se sépare, on habite plus ensemble. Et quand on habite ensemble, c’est qu’on est pas séparés. Et peut-être qu’au moment où ils cherchaient une solution pour qu’elle vive ailleurs, en fait elle était pas là. Ou alors c’était juste dans la tête de mon amoureux.

Tout ça est devenu trop compliqué pour moi, et puis je n’avais pas envisagé de partager un amoureux, je voulais vivre une histoire d’amour juste à deux (oui, je suis d’un égoïsme ahurissant, je pense qu’à mon plaisir, pendant ce temps, il y a des colocs qui souffrent). Donc je me suis barrée.

Fin de l’histoire d’amour.

Publicités

L’amoureux (1)

Il y a quelques temps, j’ai eu un amoureux.

On se connaissait, on se plaisait, on a croqué la pomme ensemble. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que.

Sauf que mon ex-mari l’a su. En soi c’est pas très grave. Je veux dire, je l’ai quitté il y a plus d’un an, on ne vit plus ensemble et j’ai demandé le divorce. Ca me faisait de la peine pour lui parce qu’il en avait de la peine, mais à part ça, je m’en suis remise assez vite. Or pour lui, techniquement, on est toujours mariés. Je lui dois donc fidélité. Jusqu’au divorce.

Je trouve pas ça très pertinent (mais je suis un peu excentrique). Imaginons que le divorce dure longtemps, longtemps. Ca peut durer des années si on n’est pas d’accord. Par exemple 6 ans. Ca veut dire que je resterais 6 ans sans niquer ? (Et lui aussi, mais ça me chiffonne moins.)

Bref. Il me rappelle mes obligations de fidélité, et nous avons alors cette conversation loufoque. Je lui fais remarquer que quand je suis chez moi, il n’a pas à savoir ce que je fais, avec qui ni dans quelle position, et qu’il peut dire ce qu’il veut à qui il veut, il n’aura pas de preuves. Il me dit que si il veut, il m’envoie un huissier. Parfaitement, un huissier, qui me surprendra les fesses à l’air, me vautrant dans l’adultère, avec mon amant, ce connard. Je lui dis mais l’huissier, je vais pas lui ouvrir à poil. Donc je lui ouvre, il y a un ami chez moi (qui n’est pas à poil non plus), qu’est-ce qu’il en déduit ? Ah ah, me répond-il, il peut aller tâter le lit pour voir si il est encore tiède.

ciel un huissier

Ah ah, me dis-je in petto, voilà qui est intéressant. L’huissier débarque à 6h du matin, je suis avec un ami, nous sommes debout, habillés, mais le lit est tiède. Pire, un seul lit est tiède.

J’ai décidé de mettre le chat en bouillotte sur le lit d’appoint, au cas où.

[Note : j’ai demandé à mon avocate si ça tenait la route cette histoire d’adultère pendant la procédure de divorce, elle m’a dit que théoriquement, oui, mais que dans la pratique, ce n’était plus suivi. (Voire c’était un peu ridicule, mais le ridicule ne tue pas mon ex-mari, je le sais depuis longtemps.)]

Youpi c’est mercredi

[Ceci est un document d’archive, ça fait un bail que je ne suis plus à la maison le mercredi.]

Mettre les enfants qui se crêpent le chignon chacun dans leur chambre. Pouvoir ainsi nettoyer les chiottes en toute quiétude au lieu d’œuvrer dans les hurlements et de devoir se demander à partir de quel moment il faudra vraiment aller voir quel enfant est en train de massacrer l’autre.

bagarre

Se rappeler que les enfants devaient ranger leurs jouets qui traînent dans le salon. Se dire que, pour la pertinence éducative de son propos, il vaut mieux qu’ils restent dans leur chambre et ranger à leur place plutôt que de les dépunir, même pour ranger. En plus ça va plus vite. Et ça leur apprend quelque chose d’utile pour leur future vie en entreprise (si t’es suffisamment chiant, on te demandera rarement des efforts, le tout c’est de passer la barrière du recrutement).

Après le ménage et le rangement, prendre une pause. J’ai bien mérité une pause non ? Non. Une des enfants, en pleine crise d’adolescence, se sent d’un coup mal dans sa peau et me pourrit ma pause. Balance dans ma gueule, entre autres, que « C’est normal que personne ne t’aime parce que tu es méchante. » Une crise d’ado à 9 ans, c’est normal ? J’ai dû être nazi dans une vie antérieure.

Pendant ce temps, les gens se reposent au travail.

Maman, comment on fait les bébés ?

Les enfants aujourd’hui sont précoces, ahlala ma pauvre Gisèle, dans le temps on savait rien de ces choses-là, maintenant ils mettent des strings à 9 ans. Et ils croient des trucs bizarres. Mais comme je suis une mère ouverte et libre de la parole, je les aide à décrypter ce mystère de la vie.

Ma fille aînée regarde les rayons dans une pharmacie, elle tombe sur les tests de grossesse :

« – Toi aussi maman tu as acheté un test de grossesse quand tu as été enceinte de moi ?

– Ben oui mon chat, et même plusieurs. (Mais pourquoi j’ai dit ça ?)

– Et pourquoi plusieurs ?

– Parce que j’ai cru être enceinte une ou deux fois alors j’ai fait un test mais c’était négatif. Ensuite j’étais enceinte de toi, j’ai fait un test et c’était positif.

– Mais… tu veux dire que papa et toi vous avez fait l’amour PLUS QUE DEUX FOIS ?! »

Ce fut l’occasion d’expliquer la contraception. Et aussi que faire l’amour, c’est cool. D’où la contraception. (Et là il y a eu un quiproquo entre la pilule et les tampax que je n’ai pas très bien saisi.)

bebe chou rose

Un autre jour, elle regarde les magazines empilés sur la table chez ses grands-parents, elle tombe sur un magazine avec en gros titre “Le porno a-t-il blablabla ?” (J’ai oublié le titre exact mais c’est pas le plus important pour l’heure) :

« – Maman, c’est quoi le porno ?

– Alors cette bouteille de lait… (En vrai je sais plus trop ce que j’ai dit, j’avoue que ma parole libre a dû être un peu confuse à ce moment-là, comme le prouve la suite.)

– Mais alors les gens qui aiment le porno, c’est ceux qui aiment quelqu’un du même sexe ?

– Ah non pas du tout, ça c’est des homosexuels. Mais ça n’empêche pas. On peut être homosexuel et aimer le porno.

– C’est comme les pédophiles ?

– Alors pas du tout. Les pédophiles c’est ceux qui veulent avoir des relations sexuelles avec des enfants, c’est interdit. Et même de regarder des images de relations sexuelles avec des enfants, c’est interdit.

– Mais, maman, si on accuse quelqu’un d’être un pédophile alors qu’en fait, il est avec un nain ?

– Hum. Ca c’est pas interdit, mais SEULEMENT SI le nain est d’accord. »

Ce fut l’occasion d’expliquer le viol.

Ma plus jeune fille, elle, ne pose pas trop de questions. C’est une chaudasse qui reluque les cul des cyclistes sur la route et me prévient (“Il a des jolies fesses celui-là maman”) et a une ribambelle d’amoureux (aux dernières nouvelles 5 ou 6), dont un qui a tout compris et fait les choses dans les règles : first, le coup de foudre (on s’est rencontrés en ramassant les châtaignes, quelle émotion !), second, la lettre d’amour avec guirlandes de coeurs et moult déclarations, third, l’invitation au restau (merci les beaux-parents qui ont tout payé) et au retour, la bague et la rose. Évidemment, il respecte aussi les belles traditions comme la Saint-Valentin. Sa mère se demande d’où vient ce romantisme délicat, pas de son père m’a-t-elle dit.

Son autre amoureux sérieux s’appelle Anatolie – une fois sur deux je n’arrive pas à me souvenir de son prénom – et a 6 poils sous chaque bras.

RER, nique sa mère

Ok, c’est malpoli mais cette malpolitesse, présentement, est bien en-deçà de ce que m’inspirent mes trajets quotidiens en RER.

L’autre soir, je rentrai avec ma fille après l’avoir emmenée voir un spectacle à Paris. Spectacle magnifique, belle soirée en tête à tête avec mon aînée, des étoiles dans les yeux, du bonheur en bulles, toussa toussa.

Hélas, il fallut compter sur le RER B pour rentrer.

Pas encore parties de Paris, nous attendîmes au moins 40 minutes sur un quai glacé, dans la nuit, pour cause de « abrutis voyageurs sur les voies » sur un tronçon lointain de la ligne. Les informations incongrues données sur les écrans et panneaux ne nous réconfortèrent pas pendant cette attente : RER dans 5 minutes. Deux minutes plus tard : RER dans 6 minutes. Puis RER annulé. Puis remplacé par un autre qui ne dessert pas notre station. Puis rebelote pour le compte à rebours incohérent (le monsieur de l’écran avait bu ?).

Finalement, le bon RER finit par arriver. Manque de chance, il s’arrêtait partout. J’ai déjà noté cette astuce diabolique : quand il y a un problème sur la ligne et qu’on finit par enfin réussir à monter dans une rame qui va à la bonne destination, le RER devient omnibus, comme ça tu prends une demi-heure de retard en plus dans la gueule (il est vrai qu’à ce stade on n’est plus à une demi-heure près).

Nous primes notre mal en patience et nous nous accrochâmes avec bonne humeur, malgré tout, dans l’allée centrale. Accrochage totalement inutile car la concentration humaine dans le wagon rendait la chute tout à fait impossible. Cependant, nous étions au chaud et en route vers la maison. (Youpi.)

sardines

Hélas (re), arrivées à mi-parcours, nous fûmes débarquées : terminus. Il fallut courir pour attraper un autre RER déjà en gare (et déjà plein-bondé, sans quoi le défi n’aurait pas été drôle).

Je crois que le retour a duré environ 2 heures. Ma fille de dix ans a pris ça avec beaucoup de philosophie malgré sa fatigue et l’heure tardive (1 h du matin). Quant à moi, j’aurais été beaucoup moins philosophe si j’avais trouvé sur mon chemin le(s) responsable(s) de cet énorme cafouillage.

Tout ça doit bien avoir un sens, je cherche encore lequel.