L’enfant qui avait oublié d’être bête

– Maman, si le génie d’Aladin m’accorde 3 vœux, je lui demande : 1) que Jeanne-Micheline arrête de m’embêter à l’école,  2) que tu m’achètes un poney, 3) qu’il m’accorde 3 autres vœux. Et là je lui demande : 1) que je soie première au cross de l’école l’année prochaine, 2) que Electre réponde à ma lettre, 3) 3 autres voeux.

– C’est futé mais pourquoi tu demandes pas 1000 voeux d’un coup ?

– Parce que comme ça je sais où j’en suis.

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J’ai la tête en l’air

Tu sais ce qui me fatigue ? (Je te dis tu hein, on va pas faire les pimbêches.) Ce qui me fatigue, c’est de penser à mille trucs à la fois. Si tu voyais l’intérieur de ma tête, tu flipperais ta race. Il y a de tout, c’est le grand dawa, et pourtant c’est assez rare que j’oublie un truc vraiment vital.

Sauf en ce moment. En ce moment, j’oublie tout. Enfin pas tout, mais des trucs. Des fois des trucs importants, et ça me fait flipper car qui, mieux que la Mère, a fortiori la Mère Seule, est garant des deadlines de la planète entière et d’une bonne organisation quotidienne pour les siècles de siècles (amen) ? (Ceci n’est pas une remarque sexiste mais une constatation. Dans mon entourage proche et éloigné, 9 fois sur 10, c’est la mère qui gère la logistique et les deadlines. Mais peut-être qu’il y a un biais social dans mon étude et que dans la grande bourgeoisie italienne ou dans les tribus papoues ce n’est pas le cas.)

Au fil des ans – et surtout depuis que j’ai des gosses, sans vouloir leur jeter la pierre – mon cerveau a appris à trier avec des petites étiquettes : important / pas important ; urgent / peut attendre ; travail / maison / enfant / moi / santé / vacances / voiture / argent… Il met des tags. Il fait des combinaisons : « réparer les essuie-glace de la Clio de la honte » = important / urgent / voiture.

Mais tout ce boulot je suis sûre que ça le fatigue – donc ça me fatigue. Ça mouline un max jour et nuit.

Il y a les tâches récurrentes à rappeler tous les jours à heure fixe : « préparer le goûter de la petite pour demain ».

Les trucs exceptionnels : « faire faire un bilan orthodontiste à la grande » ou « réunion d’école samedi matin à 8h30 » (les chiens, on pourrait pas dormir un peu non ?).

Les petits mémo qui restent dans la tête jusqu’à ce que je les note : « noter sur la liste des courses : gruyère » (ceci est un exemple fictif car j’achète du gruyère à toutes les courses et n’ai donc pas besoin de les noter).

Les tâches à long terme, peut-être les plus sournoises : « trouver un plan en or pour les vacances d’été », j’ai le temps on verra demain (ce week-end, la semaine prochaine, en avril…), jusqu’à ce que… Oh mon dieu on est en juin !

Ou les infos essentielles comme la pointure ou le poids des enfants. Celles-là c’est les pires, à peine tu les as intégrées, elles sont déjà dépassées.

Pour palier ce problème et soulager mon cerveau surentraîné (même les athlètes de haut-niveau ont besoin d’un break, et en ce moment je dois avoir une tendinite de la mémorisation), je liste. J’ai des listes partout. Au bureau sur mon bloc brouillon, dans la cuisine, sur mon téléphone, dans mes poches, sur des vieilles enveloppes. Pas sur le tableau Veleda depuis qu’on ne peut plus effacer les dessins des enfants (*expérience scientifique* : pour transformer un feutre effaçable en feutre indélébile, écrivez et laissez sécher 2 ans et demi).

todo list
Champagne !!! J’ai coché toute ma to-do !

Il paraît qu’il y a un truc du feu de dieu pour l’organisation, le bullet journal, mais comme j’ai pas compris le fonctionnement en 3 secondes ça m’a découragée. J’ai pas que ça à faire non plus.

Donc je me contente de mes listes en cherchant la meilleure formule, c’est à dire celle qui aura la plus grande efficacité pour le moins de temps passé. Pas comme cette femme que je vois tous les matins dans le RER remplir son agenda familial. Vu le temps qu’elle y passe, elle aurait plus vite fait d’accepter d’oublier un truc ou deux.

Il paraît que les listes, c’est le mal, parce que le cerveau perd l’habitude de mémoriser. Ben tu le diras à ma fille la prochaine fois que j’aurais oublié son pique-nique pour la sortie scolaire. « Tu vas rien bouffer pendant que tes copains mangeront des chips et boiront des Yop mais c’est pour le bien de ta mère, ainsi son cerveau s’entraîne. » (Ceci est un autre exemple fictif, je n’ai jamais oublié le pique-nique de la sortie scolaire, mais son père oui, car il ne pratique pas l’art de la liste. CQFD.)

Comment j’ai raté mes courses de Noël

Je peux en parler maintenant que la honte est moins vive qu’il y a prescription. J’ai totalement merdé mes courses de Noël.

Cette année je m’étais dit, non pas je fais mes courses de Noël en avance au lieu de stresser le 23 décembre parce que je n’ai pas la moindre miette d’idée de cadeau, personne ne croit plus à cette fable, non, je m’étais dit cette année, je commande en avance les jouets des enfants, étant donné que leur liste au père Noël est prête depuis avril dernier (j’exagère un peu pour les besoins de la création littéraire – mais c’est exceptionnel).

Les enfants, donc, avaient probablement en projet de recréer à la maison Playmobil Funpark puisque leur liste se composait exclusivement de boîtes de Playmo. (J’en profite au passage pour cracher sur cet horrible parc d’attraction où j’ai failli laisser ma vie, mes tympans et mon âme d’enfant. N’y allez jamais. D’ailleurs je m’en suis doutée avant même d’y rentrer quand j’ai vu des parents en sortir rouges, hirsutes, en sueur et pleins de cernes, et beugler : AHHH, on est quand même mieux dehors. Tout ça pour dire que je suis bien contente que les enfants assouvissent leurs besoins de Playmobil chez moi et pas dans cette antichambre de l’enfer.)

Partant de là, comment me suis-je retrouvée sur Cdisc**nt à comparer les prix des boîtes de Playmo ? Mystère. Je n’achète jamais chez Cdisc**nt. Et là, bim, je vois des super promo sur les grosses boîtes chères. Que fais-je ? Je me dis mais quelle bonne aubaine, au lieu d’aller traîner ma flemme à Carrouf, je me fais livrer dans un relais colis et le tour est joué. (D’autant que je suis contre leur segmentation sexiste : allée « Jouets filles », allée « Jouets garçons », les Lego et les Playmobils étant dans l’allée Garçons. Faut pas être con quand même pour faire des trucs pareils ?)

Sauf que Colissimo en a décidé autrement. Il a préféré mettre les colis dans son petit entrepôt à lui, à 25 km de chez moi, dans le département voisin, et me prévenir courtoisement que je pouvais venir les chercher aux heures d’ouverture. Lesdites heures étant celles où je suis au travail, didonk. J’ai eu beau les engueuler, ils n’ont rien voulu savoir. C’est pas moi leur chef, ils ont dit. J’ai même essayé de les pourrir sensibiliser à mon problème sur les réseaux sociaux mais comme ils sont pas si cons, ils ont soigneusement évité de créer un compte @Colissimo sur Twitter.

J’ai donc fait une croix sur mes colis. Depuis j’attends patiemment le remboursement, ça doit faire bien 4 mois que je prête de l’argent à taux zéro à Cdisc**nt.

Mais il me fallait quand même les Playmo. Je me suis résolue à aller à Carrouf, allée Garçons.

Ensuite j’ai fait le point cadeau avec ma mère. (Erreur de débutante. Qui fait encore le point cadeau après les achats ? En 2015 ? Je vous le demande.)

Et là, j’ai vu que j’avais acheté les mêmes Playmo qu’elle. Ceux que je lui avais dit d’acheter. Et que j’avais achetés aussi (deux fois).

Récapitulons.

  • Boîte de Playmo 1 : chez ma mère
  • Boîte de Playmo 2 : chez moi
  • Boîte de Playmo 3 : chez Colissimo

Tout ça n’était pas sérieux.

playmobil
Je prends des vacances les gars, tout est sous contrôle avec Colissimo.

Dans le même genre, j’ai fait la variation « commander un dvd à la Fnac et aller racheter le même en magasin parce que le colis est livré à une date indéterminée », soit après Noël. (Alors que c’est écrit en très gros rouge clignotant « J+1 » sur le site mais ça veut pas dire que la commande arrive le lendemain. On sait pas ce que ça veut dire. En tout cas les gens de la Fnac et moi-même.)

Mais dans le fond, j’étais assez fière de moi d’avoir prêté de l’argent à tous ces gens. C’est ça, la magie de Noël.