La fable du divorce

Prenons un ex-mari pète-couilles et dingo (appelons-le le Fou le Pou Machin) et une délicieuse jeune femme qui voudrait juste vivre sa vie et faire pousser ses enfants merveilleux (Moi)(laissez-moi croire que je suis jeune, je fais ce que je veux avec mes cheveux).

La jeune femme a quitté Machin il y a trois ans et demi. Elle voudrait que cela soit entériné par l’administration, la justice, le banquier, et que sais-je encore ? Tout ce qui lui permettrait de pouvoir vivre sa vie sans avoir à demander à Machin une autorisation écrite et signée. Autorisation impossible à obtenir car Machin ne répond pas aux texto et e-mails, ou bien seulement quand ça lui chante, et alors sa chanson est une suite de vociférations discordantes, désagréables et sans aucun sens. Et, par principe, si par hasard il répond, Machin dit non à tout.

En guise d’aparté, voilà ce que la jeune femme ne peut pas faire sans l’autorisation de Machin.

  • Résilier sa ligne téléphonique car elle est au nom de Machin, il faut sa signature. La jeune femme paie donc tous les mois une ligne inutile (elle en a une autre et de toutes façons, personne en 2016 n’appelle plus jamais sur la ligne fixe, en dehors des gens du télémarketing).
  • Vendre la Clio de la honte, qui tombe en morceaux et déclare chaque mois un nouveau symptôme de décrépitude (direction assistée aléatoire, fuite de carburant, essuie-glace en rade, fermeture centralisée inopérante ET serrures défectueuses – sinon on rigolerait moins -, clim anéantie, pneu dégonflé…) : la Clio de la honte est un bien commun et ne peut être vendue sans l’accord écrit de Machin (en revanche les factures du garagiste semblent être la seule propriété de la jeune femme).
  • Vendre la maison achetée à deux et qui coûte trop cher pour un seul salaire (d’autant que la jeune femme a un salaire de merde métier de passion).
  • En attendant l’hypothétique vente, renégocier le prêt immobilier alors que les taux sont au plus bas et que, franchement, ça mettrait du beurre dans les épinards (ou plutôt des patates dans le caddie).
  • Vivre une histoire d’amour avec un homme parfait sans que Machin vienne coller un bourre-pif audit homme parfait, en toute bonne foi, car quand même, on lui prend pas sa femme impunément (d’ailleurs les amis de Machin trouvent que ce n’est pas grave d’extérioriser son sentiment de pouvoir sur les êtres humains par la violence, il faut quand même le comprendre, ça l’avait énervé ; heureusement, Machin n’exerce pas une profession dans laquelle on peut imposer sa loi par la force, flic par exemple, on serait dans de beaux draps).

Pour faire court, la jeune femme, qui est techniquement toujours mariée à Machin, ne peut disposer ni de sa vie, ni de son cul, ni de son fric. (Oh… mais ? Est-on au XIXe siècle ?)

Mais alors, qu’elle divorce ! Au lieu de glander sur le Net ou de croire au père Noël (= je vais quitter cet homme et il ne pourra plus me faire chier), qu’elle prenne sa vie en main, bordel !

C’est là que la cruelle fable du divorce intervient.

Déjà, on ne peut pas juste divorcer comme ça, en disant je m’en vais, ciao. Non. Parce que Machin ne veut pas divorcer. Soit. Mais elle ne veut plus être sa femme. Mais ça la justice s’en fout, en fait.

Alors il faut attendre et attendre encore, les longs mois de procédures toutes plus absurdes et chronophages et inutiles (vous avez déjà passé plusieurs week-ends entiers à scanner toutes vos factures sur trois ans, à faire des tableaux Excel pour montrer que votre budget est déficitaire et à justifier tous vos frais, pour que le juge conclue :  » Madame ne fait pas la preuve de l’emploi de ses fonds pour la communauté, elle donnera 10 000 brouzoufs à Monsieur » ?).

Quand la jeune femme croit voir le bout du tunnel, elle reçoit une lettre d’un organisme quelconque (Tribunal de grande instance – Affaires familiales, Cour d’appel de Paris, Cabinet d’huissiers Petit-Bois-mes-Couilles) qui lui annonce une autre procédure, un autre papier absurde à aller chercher à l’autre bout du département, une autre série de week-ends à trier et scanner des factures, d’autres gros chèques à envoyer à des avocats incompétents indifférents (mais très efficaces dans le portage de chèques à la banque).

Alors la jeune femme pose une autre journée de congé pour aller à l’autre bout du département, ou en rendez-vous chez l’avocat indifférent. Elle prend l’argent des vacances, puis du garagiste, puis des patates, pour payer l’avocat indifférent. Elle prend dans ses forces pour avoir un autre travail le week-end, quand les enfants sont chez Machin, pour pouvoir continuer à payer les patates. Elle prend dans ce qu’il reste encore de forces après ça pour être une mère patiente et aimante alors qu’elle a juste envie de cogner sur la gueule d’un con ou de s’endormir et de se réveiller quand tout ça sera terminé. (Mais parfois, c’est vrai, elle craque un peu et elle dit des gros mots devant les enfants.)

Et là elle se dit : serait-ce un mariage forcé ? À qui profite le crime ? Devrais-je reprendre le kung-fu pour évacuer ces tensions toxiques ?

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Mais pourquoi est-il si méchant ?

Épilogue

Cependant la jeune femme a une chance de ouf de bénéficier d’un entourage génial – famille, amis, merci, je vous serre fort dans mes bras -, de deux enfants exceptionnels qui font du bonheur dans son cœur tous les jours, et d’un déminage à peu près réussi des catastrophes économiques, pour l’instant.

The (happy) end. (#bisounours)

Moralité

Ne vous mariez pas.

(Ah bon je l’ai déjà dit ?)