La vita è bella

La semaine dernière, une personne nuisible et mal dans sa peau m’a siphonné tout mon argent. Il me reste juste de quoi tenir un ou deux mois dans la-maison-trop-chère-pour-moi. Même avec un agent immobilier supersonique, je crains qu’on soit loin du compte. Pour comble de bonheur, les huissiers envoyés par ce cancrelat cette personne ont bloqué mes comptes. Je ne peux pas utiliser le peu d’argent qu’il me reste. (Pendant ce temps la banque compte les frais des prélèvements refusés en faisant une petite danse de joie.)

Comme je veux préserver les âmes innocentes de mes enfants de ce grand choc que serait la découverte du vrai visage de l’humanité, j’ai pensé à leur proposer un jeu : on dirait qu’un voleur m’aurait piqué tout mon fric et qu’on devrait se débrouiller sans argent.

[« – Combien de temps maman ?

Demande à ton père. Euh… le plus longtemps possible, sinon le jeu est trop facile. »]

Nous avons donc les activités suivantes.

  • Top chef : préparer de bons repas exclusivement avec le contenu des placards et du congélo.
  • Top chef niveau expert : préparer de bons repas exclusivement avec notre imagination.
  • Koh Lanta au pôle Nord : apprendre à vivre en milieu extrême en baissant le thermostat du chauffage et en évitant les douches chaudes. Bonus : ça fait travailler les cordes vocales de crier sous l’eau froide.
  • Jeu d’orientation : trouver des circuits « tentation-free » pour éviter d’avoir envie d’acheter toutes ces choses inutiles que l’on voit quand on se déplace (nourriture, lecture, etc.). Penser à passer par la bibliothèque, qui en plus doit être bien chauffée.
  • Les reines de la mode : lancer une nouvelle mode « mes habits ont l’air trop petits » parce que c’est en osant qu’on crée la tendance.
  • Les reines de la mode des pieds : lancer une nouvelle mode « mes chaussures ont l’air usées et trop petites » (idem.)
  • Expérience scientifique : reporter les rendez-vous médicaux à juin prochain pour tester la résistance du corps humain.
  • Chasse au trésor : débusquer tout ce qui peut se vendre (> 5€) dans la maison pour le mettre sur le Bon coin et peut-être pouvoir faire des courses le mois prochain.
  • Battle d’improvisation : trouver les meilleures excuses pour ne plus inviter d’amis à manger mais plutôt s’incruster chez eux et faire semblant à chaque fois d’avoir oublié la bouteille de vin qu’on avait proposé d’apporter (évaluation selon 1) la crédibilité, 2) l’originalité, 3) le nombre de fois où ça passe).
  • Jeu de rôle : faire semblant de payer sa taxe d’habitation avec l’argent qu’on fait semblant d’avoir sur notre compte (mais qui est parti sur le compte du copropriétaire à titre gratuit*).
  • Séance de méditation quotidienne sur ce qui est important dans la vie et qu’on a (l’amour et la joie de vivre) et ce qui n’est pas important et que les cancrelats peuvent nous voler (le fric).

Peace and love
Paix, amour et bon goût sur la Terre.
* C’est un concept que je brûle d’essayer : tu achètes une maison mais tu ne paies rien et tu empêches l’autre propriétaire de faire quoi que ce soit, comme ça il ou elle paie tout mais tu continues quand même à être propriétaire et si jamais un jour tu finis par vendre cette maison, bingo, tu prends la moitié du pognon. Si je fais ça un jour j’éviterai de prendre l’argent du ou de la copropriétaire parce que c’est quand même plus intéressant qu’il ou elle continue à payer, mais je suis bien consciente qu’on n’a pas tous les mêmes capacités intellectuelles.

Comment j’ai vaincu l’Agent Immobilier

Votre mission, si vous l’acceptez : transformer votre camp de gitans en maison à 200 000 €. Vous avez 24h et deux enfants en vacances en guise de handicap à votre service.

Ce matin, j’ai dit aux enfants : les gars, j’ai une déclaration importante à faire. Demain, à 10h pétantes, viendra l’Agent Immobilier. L’Agent Immobilier va regarder notre maison pour dire combien d’argent elle vaut. Alors il faut lui donner envie avec notre maison pour qu’il lui trouve une grande valeur, parce que plus il lui trouvera une grande valeur, plus on la vendra cher et on plus récupérera des brouzoufs par milliers pour s’acheter du rhum et des putes.

Enfant numéro 2 : il va dire que la maison vaut 1 million d’euros ?

Moi : non. Mais 200 000 euros ça serait bien

Enfant numéro 2 : wouah… !

Moi : allez les gars, on s’y met, on donne envie. Travail d’équipe. Toi tu passes l’aspirateur, toi tu montes tous les jouets dans les chambres, toi tu fais la vaisselle. [Je suis une meneuse d’hommes, j’ai ça dans le sang.][Je n’ai que deux enfants, je me suis emballée. Du coup c’est moi qui fais la vaisselle.]

Après une journée entière d’efforts, aidée par l’enfant numéro 1 pendant que l’enfant numéro 2 zonait devant la télé et gueulait dès qu’on lui demandait un petit coup de main (« mes vacances sont nulles, j’ai fait que ranger ma chambre et regarder des écrans »), la maison s’est enfin mise à ressembler à quelque chose.

Enfant numéro 1 : maman, notre maison, c’est la plus propre de la rue.

Moi : euh… non je crois pas. En fait on a juste rattrapé la moyenne. [On partait de loin. Quand je dis camp de gitans, faut me croire.][D’où ma légitimité quand j’écris des posts sur le ménage et le rangement : j’ai de grands besoins en la matière, ce sont donc des sujets auxquels je réfléchis fréquemment et en profondeur.]

Le phénomène étrange qui s’est produit alors, c’est que plus on rangeait et nettoyait, plus on trouvait que tout était sale. On s’est retrouvées avec ma fille à nettoyer les plinthes à la brosse à dents, à briquer le dessus de la hotte avec un produit tue-graisse, à frotter les traces douteuses sur les murs (oui, mes enfants adorent le chocolat, ne croyez pas que c’est autre chose de dégueulasse). À un moment, j’ai même envisagé de ranger les vêtements de mes portants par couleur dans la chambre, mais finalement c’était l’heure de manger. Et plus on avançait, plus on voyait des choses à laver, ranger, trier. J’ai compris à quel point ma décision de ne pas trop m’attacher aux choses de la propreté ménagère était salutaire dans ma vie : c’est un puits sans fond, une tâche qui n’a pas de fin (Sisyphe ça vous parle ? J’ai déjà le linge, merci). (L’inconvénient c’est que quand on a besoin que la maison soit présentable, ça demande un gros investissement assez décourageant.)

À l’heure du dîner, le défi était pas loin d’être remporté. En tout cas nous étions assez fières de nous, l’enfant numéro 1 et moi (l’enfant numéro 2 continuait à râler pour tout et rien, et à crier qu’il était une victime de la vie, je pense que ce sont ses gênes paternels qui se manifestent de temps en temps, il faut attendre que ça passe (cet enfant va sûrement se bonifier avec le temps)).

Nous sortîmes nous offrir un restau pour nous récompenser de ce bon travail. Quand nous sommes rentrées nous coucher, je n’ai pas reconnu la maison. J’étais pas loin de ressortir voir si on s’était pas gourées de porte.

J’espère que tout ça vaut le coup et qu’on va se faire un paquet de brouzoufs. Sinon à quoi bon défigurer notre lieu de vie en cachant notre bordel et en virant la déco murale (dessin de 2011 « maman je t’aime », photos de l’été 2014, poster fait-maison de 2013) ? Comme dit l’enfant numéro 2, qui a bien compris la leçon de La cage aux folles : on ne va quand même pas changer notre environnement et notre façon de vivre. [Ben si un peu ma pauvre chérie.]

Le pire c’est qu’il va falloir maintenir ce niveau de rangement pour les visites d’acheteurs potentiels.

Mon shopping fauché

[Post anti-soldes]

Ce n’est un mystère pour personne : avec un seul salaire (pour 3) au lieu de deux (pour 4) on vit moins bien. J’ai donc perfectionné ma liste de spots pour shoppeuse fauchée.

– J’habille les enfants et moi au supermarché. Non, c’est pas glamour, mais on trouve souvent des basiques potables et des hauts sympa. Et comme j’ai un petit gabarit, je peux fouiner moi aussi au rayon enfant (9,90€ les 3 shorty, et ils n’ont pas forcément des dessins de la reine de neiges). Cette année j’ai même trouvé pour moi une robe de Noël qui brille de mille feux (14 ans, 14,90€).

– Je traîne chez l’incontournable H&M (tout le monde connaît, je n’entre pas dans les détails).

– De temps en temps, je passe quelques heures chez Emmaüs. Évidemment, c’est pas là que je trouve des fringues pour les grandes occasions, mais si on n’a pas peur de passer du temps à farfouiller dans les bacs et sur les portants, on tombe sur des super affaires.

– Je suis abonnée au site Vente-privee.com. Je surveille particulièrement les ventes de marques enfant pas chères comme Vert Baudet ou Okaidi. Quand ils déstockent sur ce site, il y a des tshirts à 4€ ou des robes/pantalons/pulls à moins de 10€. Attention, ça part très vite. Si la vente ouvre à 7h, il faut être devant son ordi à 6h59, prêt/e à cliquer. Je mets tout ce que je vois de bien dans mon panier et je trie ensuite.

– Sur les sites de VPC enfant et adulte (Vert Baudet, La Redoute, 3 Suisses), on trouve souvent des réductions de -20 a -70% (à croire qu’on est une grosse truffe quand on achète au prix fort). Il faut surveiller. Et surtout aller voir en fin de collection et en période de soldes, où pas mal de choses sont bradées.

shopping

– J’ai une carte Monoprix. Il y a régulièrement des réductions réservées aux détenteurs de la carte, 50% ou même plus. Sur les fringues d’enfants, qui ne sont pas à prix exorbitant au départ, c’est super intéressant. Et pour le coup ,je trouve des choses plus chicos que chez Emmaüs.

– J’ai abandonné l’espoir de faire des trouvailles dans les vide-grenier car je ne suis pas une lève-tôt et quand je me pointe, les fringues les plus sympa sont déjà vendues depuis longtemps. En revanche, on peut y dénicher des équipements sportifs à prix incroyable. Cette année j’ai acheté une paire de rollers pour 3€ et j’ai vu du matériel d’équitation, des chaussons d’escalade, etc. On y trouve aussi des jeux de société sympa et parfois en très bon état pour quelques euros. Cerise sur le gâteau : comme j’arrive avant la fermeture, les vendeurs ont envie de se débarrasser de ce qu’ils n’ont pas vendu et, une fois sur deux, quand les enfants repèrent un truc génial (peluche mitée ou neuve mais d’un esthétisme douteux, collier en toc, objet déco non identifié), elles repartent avec sans rien dépenser. (La contrepartie, c’est que toutes ces merdasses atterrissent dans ma maison.)

– Je n’essaie même pas de faire l’ouverture des soldes IRL. Je ne blâme pas ceux/celles qui le font mais pour moi, c’est juste inconcevable de me battre à la machette dans un magasin plein comme un œuf au cas où je trouverais La Super Affaire. Il m’arrive d’y passer après la bataille, quand tout est bradé, et c’est évidemment décevant. En général, les trucs qui me plaisent sont en taille 44. Et les horaires sont incompatibles avec ma vie de working maman busy.

– Je n’ai pas trouvé de bon plan pour les chaussures. C’est un problème dans mon budget parce que les enfants grandissent vite des pieds et qu’acheter des chaussures cheap, c’est vraiment pas une bonne idée. Elles sont bousillées au bout de 15 jours et il faut assumer son gosse qui part à l’école en ressemblant à un clodo. J’ai d’ailleurs pu constater qu’une chaussure cheap usée, ça fait vraiment comme les chaussures de clodo dans les BD, avec la semelle qui s’ouvre comme une bouche. Quand j’ai le courage, je vais au stock Kickers, qui est loin de chez moi, et où ça reste cher. Oui mais c’est Kickers, ça vaut. Ben en fait pas tant que ça. J’ai été souvent déçue, par exemple par des bottes dont la fermeture Éclair lâche au bout de deux mois.

– Je ne suis pas fan du Bon coin ni de eBay pour les habits. Souvent, les photos sont souvent moches et ne donnent pas envie. D’ailleurs, je ne vais plus sur eBay, le principe des enchères ne colle pas à mes besoins (acheter pas cher, et sans y passer des plombes, des trucs d’occasion). Sur le Bon coin en revanche, je trouve des jouets ou des meubles. Et j’en revends aussi. J’aime bien ce principe de circulation des objets.

En résumé, beaucoup d’Internet et de farfouille, et on s’en sort pas si mal.

Aide-toi, la CAF t’aidera

Dans ma grande naïveté, j’ai cru que lorsque je quitterai le père de mes enfants, j’aurais plein d’aides. Par exemple de la CAF. Par exemple une allocation supplémentaire ou une révision de mon allocation de base parce que tout d’un coup je me retrouvais avec un seul salaire au lieu de deux mais toujours deux enfants à nourrir, vêtir, occuper, transporter, égayer, etc.

Et ben macache.

Je gagne trop (ah ah ah !).

Certes, je suis consciente que certaines personnes gagnent moins d’argent que moi et j’espère, mais je suis d’une naïveté crasse, que ces personnes-là, mères ou pères, touchent une aide pour leurs enfants. C’est loin d’être gagné.

J’ai cru plein d’autres choses et d’ailleurs, comme je n’avais pas une très grande expérience dans le divorce, je suis souvent tombée de haut.

Bref, si on fait le bilan économique de l’opération « j’ai quitté mon mari et j’ai la garde des enfants » :

– salaire : 1 seul (petit)

– enfants : 2

– aide de la CAF : 0

– pension alimentaire : oui, mais pas tout de suite*

impôts : réduits, mais pas tout de suite**

– quotient familial : divisé par 2 (là on est dans une sorte de logique)***

– dépenses mensuelles de bouffe : divisées par 2 (le père des enfants mangeait beaucoup)

– dépenses mensuelles d’électricité, gaz, eau : quasi identiques

– loyer : démesuré (aide au logement : 0)****

* Pour toucher une pension alimentaire, il faut être passé devant un juge aux affaires familiales, qui décide qui a la garde, qui paie quoi, combien, qui habite où, etc. Avant, on touche rien, sauf si on a un ex-conjoint très sympa. Hélas je crois que c’est pas souvent le cas, ou alors les gens sympa perdent leur sympatitude au moment de la séparation, ce qui peut se comprendre aussi. Après on touche la pension en théorie. Par exemple moi je l’ai pas touchée pendant 5 mois parce que le père des enfants trouvait que c’était trop abusé, il voyait pas comment il allait faire pour payer cette somme démesurée chaque mois. Je précise que c’était la somme qu’il avait lui-même proposée devant le juge. Finalement il s’avère qu’il peut (ce qui lui permet de dire aux enfants que « maman prend tout l’argent de papa »). Un petit rappel de la part des avocats a suffit mais quand c’est pas le cas, c’est coton. C’est là (et je crois dans cet unique cas) que la CAF peut verser une petite aide.

** Apparemment les impôts tiennent compte de la séparation « officielle », soit la date de la première audience devant le juge. Pas besoin donc d’attendre le vrai divorce. C’est heureux quand on sait que ça peut durer 6 ans, voire plus. Et que certains sont même pas mariés (et vivaient dans le péché, les sales). Ca vaut pour les impôts sur le revenu mais aussi, il me semble, pour les impôts locaux (taxe d’habitation, impôts fonciers si on est propriétaire). Hélas, pour nous, l’audience devant le juge, initialement prévue en novembre, a été reportée au tout début du mois de janvier. Passe ton tour pour cette année.

*** Alors ça, c’était la bonne surprise. À peine sortie du tribunal (j’exagère très légèrement, mon niveau de peps à cette période n’était pas si haut), je filai à la mairie avec le papier ad hoc pour demander un recalcul de mon quotient familial. Effet immédiat, quotient divisé par deux pour les factures de cantoche, périscolaire et études.

**** Malgré de nombreuses et répétées simulations sur le site de la CAF au cas où un vilain bug m’aurait trompée, je n’ai jamais droit à l’aide au logement. Je gagne trop (ah ah ah). Conséquemment, le remboursement du prêt immobilier contracté à deux, je le rembourse seule (= je me saigne chaque mois puisque cela représente plus des 3/5e de mes revenus). Autant dire que ça pourra pas durer très longtemps.

Une autre fois, je raconterai toutes les bonnes surprises que réserve le divorce quand on n’y connait rien.