Hibernatus

Mes bien chers lecteurs, lectrices, robots du web, je voulais commencer par m’excuser de cette longue absence, j’ai dû cruellement vous manquer, la vie n’avait plus la même saveur, j’en suis sûre.

Mais l’hiver, j’ai besoin d’hiberner.

Malgré mon apparence nordique (on m’a souvent prise pour une Allemande quand j’étais jeune, ce qui ne manquait pas de me vexer, car c’était l’époque où les Allemands étaient les représentants du mauvais goût, avec leurs chaussettes-sandales, et si même moi je m’en rendais compte, c’est que c’était vraiment le summum du fashion faux-pas), j’ai un métabolisme du sud, ce qui fait que quand la lumière baisse, que la chaleur s’en va et que les canards migrent en piaillant, je perds mon énergie, je dépéris.

Mais en fait, la vérité, j’ai fait plein de trucs cet hiver.

  1. Je suis allée en Allemagne, où j’ai mangé le fromage le plus mauvais du monde. Malheureusement j’ai oublié son nom, ce qui fait que si je retourne dans ce pays, il y a un risque que je retombe dessus. J’ai aussi mangé un bagel pute (la preuve en image) qui n’avait rien de mémorable à part son nom.
    bagel pute
  2. J’ai fêté Noël, et ma fille a eu un robot. J’ai assisté au montage du robot, fait la hotline quand elle vissait un truc à l’envers (mais pas tant que ça), et brillamment grillé le cerveau du robot après 5 minutes d’activité (et plusieurs mois de montage). Je voulais juste uploader la version en français pour que ma fille joue mieux avec, parce qu’elle avait du mal à comprendre son accent de robot anglais. Je pense avoir perdu pas mal de points de popularité, mais quand je vois l’exemple de Fillon, je suis confiante dans l’indulgence et les capacités d’oubli du peuple.
    Le robot qui ne voulait pas parler français.
    Le robot qui ne voulait pas parler français.
  3. Je suis aussi allée voir l’exposition Kchtouchtkchtine (j’ai la flemme de chercher le vrai nom, déso) où j’ai photographié une statue qui ne ressemble à rien pour faire mon intéressante. Mais l’expo était géniale, j’ai kiffé le principe de réserver pour un créneau horaire et de ne presque pas faire la queue, et encore plus de tomber sur une collègue en manteau faux léopard dans les chiottes.
    statue
  4. Je me suis entraînée comme une brute pour le semi-marathon de début mars, jusqu’à ce que le toubib me demande d’arrêter parce que ma douleur au genou, c’était les cartilages qui frottaient les uns contre les autres, et que ça suffisait les conneries. Depuis, je pleure.
  5. J’ai lu un livre de Desproges que je ne connaissais pas, Les étrangers sont nuls, et j’ai ricané comme une hyène pendant plusieurs trajets en RER (il faut bien ça pour se marrer dans le RER B, je vous demande de me croire).
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  6. Je suis allée au stade de France voir nos valeureux bleus mettre la branlée aux Ecossais. J’ai constaté plusieurs chose : il n’y a vraiment pas beaucoup d’ambiance au stade de France, les Ecossais sont vraiment en kilt, et il y a vraiment des jobs à la con (les types qui sont assis dos au match, dans une zone de no man’s land, pour surveiller le public, je ne suis même pas sûre que le mec avec sa pompe à bière dans le dos vienne les voir).
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A l’année prochaine pour de nouveaux résumés en images.

Should I stay ou should I go ? (chez le psy pour enfants)

Les enfants sont naturellement dingo. Par exemple, ils préfèrent une Barbie-pétasse de très mauvais goût, et probablement sous l’emprise d’un macho de chez Mattel, qu’une Chimay. Partant de là, c’est pas toujours facile de savoir quand ils déconnent pour de vrai et qu’il faut les emmener chez le docteur-du-cerveau-la-gentille-dame-va-t-aider. (Et vider mon compte en banque mais « ça fait partie de la thérapie, madame, si l’enfant sent que vous n’êtes pas investie, il n’entrera pas dans la relation avec le thérapeute ». (Ok je brode un peu, c’était dit plus sommairement.))

zinzins de l'espace
Et là, le gentil thérapeute dit au petit enfant…
Quand les signes du mal-être sont donc plus subtils que mettre le feu à la mairie ou torturer des petits animaux volontairement (car les enfants torturent les petits animaux involontairement en étant persuadés de les aimer, il faut le savoir, et ça n’en fait pas des Dexter en devenir pour autant), comment se rendre compte qu’ils ont « besoin d’aide » ? (On dit ça quand on veut pas avouer en société que le gosse va voir un psy ; on peut aussi parler « d’espace de parole » ; demandez-moi si vous savez pas, je commence à maîtriser le vocabulaire.)

En ce qui concerne mes boulets, j’ai repéré plusieurs signaux d’alarme.

  • Le boulet ne veut plus aller à ses activités extra-scolaires alors que je me décarcasse depuis septembre pour caser les trajets, stages de vacances, spectacles et fêtes de fin d’année, etc., dans mon planning complexe (avec activités qui se superposent, double salto arrière). Il ne veut même plus aller aux anniversaires des copains. Il veut rester dans la maison.
  • Le boulet est sage et triste à l’école au lieu d’être une balle rebondissante comme à son habitude et de se cacher dans les petites haies pour ne pas rentrer en classe après la récré (c’est l’instit qui a dû bien flipper en comptant les élèves et en voyant qu’elle en avait égaré un).
  • Le boulet râle, pleure, chouine et crie TOUT LE TEMPS comme s’il était pris d’une grande fatigue permanente qui fait que plus rien n’est supportable. Sa joie de vivre est partie. (Alors qu’il n’y a pas grand-chose de plus puissant que la joie de vivre du petit boulet qui trouve en toute circonstance matière à s’amuser et se réjouir.)
  • Le boulet a peur de tout, y compris de sa propre chambre, de son propre lit (probablement colonisé, il est vrai, par des acariens moches et méchants). Il n’est en sécurité nulle part. Tout est effrayant. Aussi le boulet se boulette-t-il aux jambes de sa mère pour se sentir protégé, ce qui fait râler ladite mère au lieu d’aboutir au résultat escompté (se sentir protégé, pas se faire engueuler).
  • Le boulet est chiant. (Ah non, ça on avait dit que c’était signe de bonne santé psychique.)

Je pense qu’il existe d’autres signaux que je n’ai pas constatés pour cette fois, comme faire des cauchemars toutes les nuits, jouer avec son caca ou arrêter de parler.

Quant à savoir si emmener l’enfant chez le psy est utile ou pas, c’est un autre débat.

Du baume au cœur

L’avantage avec les enfants, c’est qu’ils ont des goûts à la fois particuliers et souvent très prévisibles. C’est très pratique, par exemple les jours où je me sens défraîchie pour une raison ou une autre (insomnie, poussée de boutons, coupe de cheveux ratée…) et où j’ai donc besoin d’un booster pour le moral avant d’aller affronter la grande journée. Il me suffit de me vêtir d’une tenue adéquate pour déclencher une cascade de remarques admiratives (maman t’es trop belle, j’aimerais tellement être aussi belle que toi quand je serai grande !).

Au top 5 des accessoires qui marchent à tous les coups :

  • la jupe, si possible bariolée et avec du rose, mais sans ça marche aussi,
  • la robe, n’importe quelle robe (sachant que je n’ai bien sûr dans mon dressing que des robes éminemment torrides),
  • les chaussures à talons, SURTOUT si elles sont combinées avec un des vêtements susnommés,
  • les boucles d’oreilles, en particulier si elles sont voyantes et/ou pendantes,
  • toute tenue un peu chic (veste cintrée par exemple) partant du principe que ça n’arrive presque jamais et que ce qui est rare est cher (et donc beau).

(Bref, que des trucs de fifille quoi.)

miroir mon beau miroir
Miroir, mon beau miroir, me dis pas que cette pute de Blanche-Neige est la plus belle.

Autre solution-booster, l’amant myope qui me trouve belle même au saut du lit le matin. Mais contrairement aux enfants et aux tenues de filles, je ne l’ai pas tous les jours sous la main.

C’était suuuuuper !!!

Je retrouve les enfants après une semaine de vacances chez leur père. En général, j’ai passé 7 jours à sortir comme si j’étais une célib sans enfants, et à bosser comme si j’étais workalcoolic (ce qui est stupide entre nous parce que ça ne changera rien à ma piètre rémunération alors autant pas se casser cul, c’est mon côté excessif). Je suis donc heureuse de retrouver mes deux petits boulets ainsi que la routine reposante des jours d’école (on se comprend). C’est un moment de félicité où les enfants et moi sommes in love pendant environ 17 minutes, à la suite de quoi un enfant au moins pense à être pénible.

En général j’évite de les passer à l’interrogatoire pour savoir ce qu’elles ont fait chez leur père. Si elles veulent me raconter elles peuvent, sinon ça ne me regarde pas.

Souvent elles me racontent.

C’était super maman, on a mangé des pâtes et des pizza, et on a mangé devant la télé, on a joué à Minecraft, on a regardé des films, c’était trop super !

minion
Yeehaa !!!

Ok. Je vais perdre un max de points de popularité avec mes légumes, mes principes de vie au grand air et mes prétentions culturelles après ça.

Should I stay or should I go (7 bonnes raisons de ne pas divorcer)

Quand on sent que la lune de miel, c’est plus ça. Dans cette période charnière où on commence à se poser sérieusement des questions (pas le « j’en ai marre je vais me barrer » de colère qui passe après l’orage), on trouve un tas de bonnes raisons de rester. Pourquoi ? Peut-être parce que un mauvais couple connu, c’est plus rassurant qu’un futur inconnu. Parce qu’une séparation, ça occasionne des changements qui ne vont pas forcément dans le sens qu’on souhaiterait. En tout cas, elles peuvent s’incruster longtemps, ces fausses bonnes raisons de ne pas claquer la porte. Voilà les miennes (qui n’engagent que moi, comme on dit, et en dehors de tout jugement de valeur sur la vie des autres, chacun fait ce qu’il veut avec son cul, sa liberté, ses chances de bonheur).

1. C’est sûrement une crise passagère, ça va passer. (Ou sa variante : on ne va pas baisser les bras au premier obstacle.) En ce qui nous concerne, j’ai mis du temps à comprendre que la crise passagère qui revient tous les deux mois, même si elle passe effectivement, elle revient. Pourtant j’ai un QI normal. Mais à chaque fois je me disais allez, c’est passé, on va repartir sur des bonnes bases et avec l’aide de notre amour, tout va s’arranger. (Avec le recul c’est un peu comme si je pensais allez, si j’y crois très très fort un gentil monsieur barbu va venir déposer des cadeaux pour moi pendant la nuit en passant par la cheminée). Bien sûr il ne s’agit que de mon cas particulier. Il y a des couples où ça passe et les choses s’arrangent. Où le dialogue constructif et bienveillant permet à la relation d’évoluer. Ce n’était pas notre cas, mais il m’a fallu de longues années pour le reconnaître et virer ces putains de oeillères qui me faisaient croire que vivre comme ça était forcément mieux.

j arrete de fumer
Allez, demain, j’arrête.

2. On pourrait rester pour les enfants. Sûr. On va continuer à ne pas se supporter en ne s’aimant plus alors qu’en s’aimant, on n’y arrivait déjà pas. Et pour les enfants, ça sera vachement mieux que d’avoir un papa et une maman séparés. En fait, les enfants ont été une des premières raisons de vouloir partir, bien avant d’avoir été prête à le faire. Parce que je ne voulais pas qu’elles grandissent dans la peur, les cris et les larmes, et que je pense avoir encore une chance de leur montrer que l’amour et le respect, ce n’est pas ça (et si ça foire parce que je ne croise jamais la route du Super Amour de ma Vie, au moins j’espère avoir donné à mes filles une « leçon de vie », pour parler pompeusement, sur ce qu’on est en droit de refuser dans sa laïfe). Une autre raison, c’est que je pense que les enfants sont pas cons. Ils comprennent quand les parents restent ensemble pour eux, et je trouve que c’est une sacré responsabilité qu’on leur met sur le dos. Personnellement, je n’aurais pas aimé me sentir responsable du fait que mes parents aient gâché leur vie en vivant ensemble plutôt que de trouver un équilibre seul(e) ou avec quelqu’un d’autre.

3. Je vais perdre la maison. Ca c’est quelque chose qui m’a longtemps bloquée. Je savais bien que je ne pouvais pas piétiner mes principes et mon bien-être moral parce que je voulais rester dans cette maison sympa qu’on venait d’acheter (oui, c’est mieux de divorcer juste après avoir acheté une maison ensemble, je trouve qu’on a pas mal assuré sur ce coup, la banque nous dit merci). Pour autant, j’ai eu besoin d’une période de plusieurs mois pour faire mon deuil de ce projet. Oui, je m’étais projetée dans le futur éloigné avec cette maison, il a fallu défaire ça, et ça a été dur. Maintenant, je sais que je vais devoir la quitter et j’essaie d’en profiter au maximum. Et comme dit ma soeur, c’est que des cailloux, c’est rien à côté de tout ce que tu vas gagner en sérénité. Alors c’est vrai, on va se tasser dans un tout petit appart à 3 avec les enfants, mais je sais que je vais être beaucoup mieux comme ça que dans une maison avec quelqu’un qui me rendait malheureuse. Et puis je vais pouvoir regarder M6 Déco pour me faire un intérieur qui me ressemble (ouch). (Ou plutôt aller draguer au rayon perceuses des magasins de bricolage.)

4. Mon niveau de vie va baisser. Indeed. Et pas qu’un peu. Et quand on est déjà un peu ric-rac c’est pas enthousiasmant. Mais vu tout ce que je perds de pourri (cf. point précédent), on va dire que ça devient presque un détail. Je vais continuer à apprendre à consommer moins et mieux, d’ailleurs la décroissance c’est tendance, et avec les enfants on va tout faire nous-mêmes (le DIY c’est tendance aussi, ça tombe pas bien ?).

5. Je vais galérer seule avec deux enfants. Ben en fait pas tellement. Faut dire qu’avant la séparation, j’avais presque l’impression de vivre déjà seule avec deux enfants. Du coup l’augmentation des complications sur ce point est minime, voire indolore. À côté de ça, comme je sais que je ne peux compter que sur moi-même et pas sur l’autre parent qui pourrait potentiellement aider mais ne le fait pas, je m’organise mieux et je crise moins. Je ne dis pas que tout est facile mais je trouve des solutions. Pour éviter de devoir partir du bureau tous les jours à une heure qui fait lever le sourcil des chefs. Pour éviter aussi de me sentir totalement coincée quand j’ai les enfants. Et je sais qu’elles vont grandir, avoir de plus en plus d’autonomie, participer de plus en plus aux tâches de la maison (j’envisage de lancer bientôt des concours de pliage de linge), et que bientôt je pourrai les laisser seules sur des courtes périodes au lieu de devoir les trimbaler partout, d’autant que le monsieur de la banque, qui a peu d’humour, n’est pas très open aux blagues de ma plus jeune fille ou à ses démo de Violetta dans l’agence.

6. Je vais lui briser le coeur. Certes. C’est d’ailleurs pas faute de l’avoir entendu de la part de mon ex-mari : tu peux pas partir, je suis tellement malheureux sans toi. Alors. Comment dire ? Pourrais-tu trouver un argument qui me concerne directement ? Oui parce que tu sais, je suis une bitch sans coeur et je n’hésiterai pas à te quitter si c’est bon pour moi, même si c’est mauvais pour toi. Parce qu’en fait, avant, c’est moi qui pleurait tout le temps, et si pleurer quand on se fait larguer ça semble assez naturel, pleurer quand on est en couple, c’est moyen moyen bon signe. Bon ok je fais la fiérote maintenant que c’est assez loin derrière moi, mais c’est vrai que sur le moment j’avais les boules de faire souffrir ce pauvre homme, même si je savais que c’était pas une raison pour sacrifier mon bonheur (égoïste, ça va de soi).

7. Ca va traumatiser les enfants. Cf. point 2. On ne peut pas nier que sur le moment, les enfants sont pas jouasses. Ils sont même très tristes. Ca leur brise le coeur à eux aussi. Heureusement, il y a les psy. Les psy vous disent merci de divorcer, ça leur fait des couilles en or, mais je m’égare. Bref, si vraiment l’enfant file un mauvais coton, on peut s’aider d’un psy pour la modique somme de un bras. Sinon il faut savoir qu’aujourd’hui, environ la moitié de leurs copains ont des parents séparés, ce qui leur donne des sujets de conversation dans la cour de récré. Et plus ils grandissent, plus ils ont de la chance d’avoir des copains enfants de divorcés/séparés (en maternelle ça reste assez rare, il faut le temps que le mécontentement s’installe). Nous concernant, et sans vouloir mettre tout sur le dos de mon ex-mari, les enfants ont probablement été beaucoup plus traumatisés par son comportement incongru et son état dépressif que par la séparation proprement dite (mais il faisait pas exprès d’être dépressif, c’est parce que je lui avais brisé le coeur). Surtout, la bonne nouvelle, c’est que si on attend suffisamment longtemps, quelques mois ou quelques années selon la gravité du merdier, les enfants s’adaptent et revont mieux.

Faut pas croire que j’ai balayé ces bonnes raisons de rester en 48h chrono. Ca m’a pris des mois. Et je ne jette pas la pierre, Pierre, aux gens qui restent pour ces raisons-là, parce qu’en vrai aucune n’est anodine et qu’on peut pas peser le pour et le contre pour les autres. (Au passage, je ne remercie pas les gens qui ont cru bon de me dire t’es sûre de vouloir partir ? Oui motherfucker je suis sûre, tu crois que je suis mise dans cette mouise pour le plaisir ? Et je remercie tous ceux qui m’ont proposé leur aide quelle qu’elle soit.).